Bison. Grotte Chauvet (Ardèche)

 

Le Paléolithique, la plus vaste période de la Préhistoire, est elle-même divisée en trois parties : Paléolithique ancien, moyen et supérieur. L'homme de Néandertal est celui qui occupe le Paléolithique moyen entre 150000 et 40000 avant Jésus-Christ. Les derniers représentants des Néandertaliens s'attarderont jusqu'au début du Paléolithique supérieur en caractérisant sa première culture : le Châtelperronien. L'Homo sapiens sapiens, que l'on appelle souvent l'homme de Cro-Magnon, s'est déjà installé sur le territoire de Néandertal et apporte sa propre culture, l'Aurignacien et ses nucléus à lames.

 

La transition entre le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur ne peut se fonder avec certitude sur la typologie lithique ou sur les caractères physiques humains. En effet, les dernières industries moustériennes du Paléolithique moyen, à travers leur faciès de tradition acheuléenne, montrent un accroissement du débitage lithique sur nucléus à lames qui est également un critère important de caractérisation de la culture aurignacienne. Il en est de même de la distinction entre Homo sapiens neanderthalensis et Homo sapiens sapiens qui ont cohabité à la fin du Paléolithique moyen dans certaines régions du monde.

 

Un critère commun aux deux cultures peut cependant être considéré comme un marqueur indiquant le début du Paléolithique supérieur entre 40000 et 35000 avant Jésus-Christ. Il s'agit de l'apparition des objets d'art mobiliers (dents, coquillages, pendeloques en os...) ainsi qu'un usage de plus en plus massif de l'ocre.

Objets en os châtelperroniens. Musée de l'Avallonnais (Yonne)

 

Le Châtelperronien.

 

Le site éponyme de cette culture se situe à Châtelperron dans l'Allier (03). Le Châtelperronien est la première culture du Paléolithique supérieur et se situe vers 35000 avant Jésus-Christ. Les principaux sites fouillés sont ceux de Combe-Capelle (24), Arcy-sur-Cure (89), Le Trou-de-la-Chèvre (24) et Les Cottés (86).

 

L'industrie lithique sur éclats présente de nombreux outils de culture moustérienne comme les denticulés, les racloirs, les pointes moustériennes et des outils trouvant leurs origines dans le faciès acheuléen comme les grattoirs, les burins et les couteaux à dos sur lames. Les pointes de Châtelperron sont les outils les plus caractéristiques de cette période mais les burins et les grattoirs qui auront une place prépondérante pendant le Paléolithique supérieur sont déjà nombreux. La retouche abrupte est largement utilisée dans la fabrication des outils. Au début du Châtelperronien, l'homme de Néandertal fabrique peu d'objets en os mais leur nombre ainsi que les parures augmentent vers 32000 avant Jésus-Christ.

 

A Arcy-sur-Cure (Yonne), la grotte du Renne a livré les restes de huttes partiellement construites à l'aide de défenses de mammouth.

 

Cheval. Grotte Chauvet (Ardèche)

 

Le Gravettien.

 

Cette culture se situe entre 26000 et 20000 avant Jésus-Christ. Elle est fréquente dans le Périgord et particulièrement dans la région de Bergerac. On la trouve également en Espagne, en Italie et en Europe centrale ainsi qu'au sud de la Russie où elle porte le nom de Pavlovien. Les principaux sites gravettiens sont La Ferrassie (24), l'Abri Pataud (24), Corbiac (24)... Le matériel lithique conserve les techniques de taille du Périgordien inférieur avec la retouche abrupte tandis que les outils sont de plus en plus sur lames. La pointe de la Gravette, fine et droite, remplace la pointe de Châtelperron, épaisse et arrondie. Les burins d'angle sur troncature se retrouvent pendant toute la période gravettienne et dominent en pourcentage sur les autres types d'outils. Les pointes de la Font-Robert, les éléments tronqués et les burins de Noailles sont les outils qui apparaissent tout au long de cette période.

 

L'industrie sur os ou bois de renne devient plus fréquente qu'à la période précédente. Dans le domaine de l'art, la ronde-bosse est largement répandue. Les statuettes féminines ou Vénus se retrouvent en Europe occidentale, en Europe centrale et au sud de la Russie dans un style comparable. L'identité culturelle des Gravettiens est ainsi clairement définie dans sa partie métaphysique comme en témoignent les Vénus de Laussel, de Brassempouy, de Lespugue, de Tursac, de Dolni-Vestonice, de Willendorf, etc.

 

Dans l'art pariétal, les premières figurations d'animaux apparaissent à Gargas (Hautes-Pyrénées), Chabot (Ardèche), La Grèze (Dordogne), Pair-non-Pair (Gironde), Arcy (Yonne), Chauvet (Ardèche), Cosquer (Bouches-du-Rhône).

 

Mains négatives. Grotte Cosquer (Bouches-du-Rhône)

 

L'Aurignacien.

 

Cette culture se distingue nettement de la précédente bien qu'elles aient été contemporaines pendant près de 10000 ans. L'Aurignacien s'est implanté en Europe occidentale, en Europe centrale jusqu'à la vallée du Don et au Moyen-Orient. On ne connaît pas exactement l'origine de cette culture. L'Aurignacien est un Homo sapiens sapiens, comme l'homme de Cro-Magnon ou de Grimaldi.

 

L'industrie lithique repose sur l'utilisation des lames pour la fabrication des couteaux, des grattoirs, mais également d'éclats épais pour obtenir d'autres outils. Deux types de retouche sont utilisés par les Aurignaciens : la retouche lamellaire et la retouche écailleuse. Cette longue période est découpée en cinq phases chronologiques qui ont toutes en commun les lames retouchées, les grattoirs sur lames ou sur éclats épais, supérieurs en quantité aux burins. L'industrie osseuse est plus abondante qu'au Gravettien. On trouve des poinçons, des lissoirs, des bâtons percés qui apparaissent à cette période et des sagaies à base fendue puis losangique.

 

L'habitat aurignacien se retrouve en plein air ou en abri sous roche, plus fréquemment qu'à la période précédente. Les objets de parure sont nombreux à l'instar des dents percées, des coquillages, des pendeloques en os ou en pierre, gravées et sculptées. Les plaquettes gravées d'animaux et l'art pariétal apparaissent à cette époque.

 

Petit mammouth. Musée de Solutré (Saône-et-Loire)

 

Le Solutréen.

 

Cette culture, qui tire son nom de la célèbre roche de Solutré (71), est localisée dans un espace territorial délimité par la Loire, la vallée du Rhône, les Pyrénées et l'océan Atlantique. La période d'évolution des Solutréens est courte, entre 20000 et 16000 avant Jésus-Christ mais leur origine n'est pas encore établie. Le matériel lithique est commun aux différentes cultures du Paléolithique supérieur à l'exception de l'invention d'outils nouveaux et l'utilisation d'une technique de taille donnant des résultats exceptionnels : la retouche rasante. Certaines lames travaillées sur les deux faces peuvent atteindre plus de 30cm de long, 9cm de large et moins d'1cm d'épaisseur ! Ce sont les "feuilles de laurier". Aux premières pointes à face plane succéderont les pointes à crans qui sont vraisemblablement des armatures de sagaies. L'outillage osseux est assez pauvre mais on note l'apparition de l'aiguille à chas.

 

Burin. Musée de Solutré (Saône-et-Loire)

 

 

Pendant cette période l'art se développe sous toutes ses formes. Le Roc-de-Sers (Charente), Le Fourneau-du-Diable (Dordogne) pour les bas-reliefs, Laugerie-Haute (Dordogne) pour le mobilier, Pech-Merle, Le Gabillou, Cougnac pour l'art pariétal. Aucune sépulture solutréenne n'a encore été mise à jour et son habitat se situe en plein air ou en abri sous roche.

 

Le Magdalénien.

 

Les Magdaléniens apparaissent vers 16000 avant Jésus-Christ tandis que disparaissent les Solutréens mais ils n'ont aucune filiation évidente avec ceux-ci. Le site de La Madeleine à Tursac (Dordogne) est le gisement éponyme de cette culture. Les premiers Magdaléniens se manifestent dans le sud-ouest de la France avec une industrie lithique moins évoluée que celle de la période précédente. Ces hommes et ces femmes seront néanmoins à l'origine d'une forte expansion géographique dans toute l'Europe occidentale. Les habitats et les sépultures magdaléniens sont nombreux et ont laissé un matériel lithique qui a permis de distinguer trois époques dans cette culture : Magdalénien ancien, moyen et récent. D'un outillage lithique assez grossier aux origines, on passe à une industrie plus spécifique avec des lamelles à dos, des lamelles denticulées et des armatures à la fin du Magdalénien ancien. L'outillage sur os est très abondant et varié avec des formes caractéristiques pour certains (harpons) et l'apparition de nouveaux outils (baguettes demi-ronde). Les Magdaléniens ont utilisé aussi bien des abris sous roche que des habitats de plein air, dans les vallées (Pincevent, Etiolles, Verberie, Marsangy...), réutilisés périodiquement lors des saisons de chasse.

 

La Licorne. Grotte de Lascaux (Dordogne)

 

Quatre-vingt-dix pour cent de l'art préhistorique date de la période magdalénienne. Les représentations sont de plus en plus réalistes et s'enfoncent de plus en plus profondément dans les grottes. L'apogée de l'art des sanctuaires sera brève et d'un style naturel on passe à un style schématique qui marquera la fin de la culture magdalénienne.  Lascaux, Altamira, Niaux, Les Combarelles, Les Trois-Frères et tant d'autres grottes ornées garderont l'empreinte de cette culture brillante.

 

La fin de la période glaciaire du Würm vers 10 000 avant Jésus-Christ a marqué le déclin de cette culture avec la migration du gros gibier vers le Nord de l'Europe et la zone alpine. Certains chasseurs magdaléniens ont dû suivre cette migration et d'autres, restant sur les anciens territoires, ont évolué différemment vers de nouvelles cultures.