Intérieur du dolmen de la Roche aux Fées (Ille-et-Vilaine)

 

Le Néolithique.

 

L'évolution de l'Homme s'étant réalisée sur l'ensemble de la planète et pas exclusivement en Europe, c'est en Asie du sud-ouest vers 10000 avant Jésus-Christ que les Hommes ont commencé à maîtriser la nature et ses potentialités grâce au réchauffement climatique de la planète. Dès le VIIIème millénaire avant Jésus-Christ, la domestication des ovicaprins puis la culture des céréales d'origine sauvage sont faites dans les montagnes du Zagros, en Irak et en Iran. L'agriculture, contrairement au pastoralisme, nécessite une forme de sédentatrisation et une gestion des réserves qui doivent alimenter le groupe humain pendant une année. L'élevage des porcs, des volailles et des bovins se fera un peu plus tard comme en Irak et en Turquie par où transiteront ces nouvelles techniques économiques (céramique, élevage et agriculture) jusqu'en Grèce du Nord puis plus au sud, en Crète, à Chypre et dans les Balkans. De ces premières terres colonisées partiront deux courants de néolithisation de l'Europe occidentale, l'un par la Méditerranée, rapide, l'autre par le Danube, plus lent, réciproquement appelés l'Impressa et le Danubien. Les colons issus du courant migratoire de l'Impressa atteindront la France au VIIème millénaire et ceux du courant danunabien au VIème millénaire.

 

Sur le pourtour méditerranéen, la transition entre la chasse et l'élevage s'effectue rapidement et les grottes ou abris sous roche servent de bergerie. Le blé tendre et l'orge polystique nue sont principalement cultivés tandis que les chèvres sont majoritaires dans l'élevage. Le bœuf et le porc s'imposeront plus tardivement. L'Impressa donne naissance au courant cardial dans le sud de la France et se propagera très tôt jusque dans le Bassin de la Loire (culture du Chambon) et en Bourgogne où se réaliseront des métisssages culturels.

 

 

Le nord de la France sera colonisé par le courant danubien qui s'installera en Alsace, en Lorraine et en Champagne puis dans la majeure partie du Bassin Parisien avec la culture du Rubané. Ces colons néolithiques apportent avec eux leurs techniques dont celle de la construction de maisons rectangulaires en argile et bois couvertes d'un toit de chaume qui peuvent atteindre près de 60 mètres de long ! Le site de Cuiry-les-Chaudardes, dans l'Aisne, a révélé une trentaine de maisons rectangulaires occupées pendant deux siècles. Les morts commencent à être regroupés dans un espace qui leur est réservé, à quelques dizaines de mètres des habitations. L'élevage du bœuf est préféré à celui des porcs ou des chèvres et constitue l'essentiel de l'apport en viande même si la chasse de l'auroch, du chevreuil, du sanglier et d'autres animaux sauvages s'est poursuivie. Le blé, l'orge, le pois et la lentille sont cultivés.

 

Cairn de Gavrinis (Morbihan)

 

A partir du IVème millénaire avant Jésus Christ, un renforcement des aspects régionaux des courants néolithiques apparaît. Les enceintes néolithiques représentent un de ces particularismes. Un ou plusieurs fossés bordés d'une palissade entouraient un espace important qui pouvait être un village fortifié, un site civil ou cultuel, ce qui reste à préciser. La culture chasséenne (4400 - 3300 avant Jésus-Christ) développe un habitat important souvent situé aux rencontres des voies commerciales où s'échangeaient le silex, les roches vertes, les haches polies, l'obsidienne et les bijoux précieux. Les haches polies à l'aide de  polissoirs ont connu une production massive pendant cette période. La dolérite de Bretagne a ainsi permis de réaliser plus de cinq millions de haches en deux mille ans. Mais les roches vertes alpines (pyroxénites ou jadéites) ont également largement servi à la production de haches dites d'apparat tandis que la rornblendite de Quimper permettait de concevoir des haches de combat dont l'exportation atteignait les franges de l'Europe.

 

Menhir de Saint-Clément (Saône-et-Loire)

 

Le mégalithisme est certainement l'élément archéologique le plus connu du Néolithique. Il apparaît vers 4500 avant Jésus-Christ entre l'Armorique et la Péninsule ibérique. Il s'agit de cairns dont les couloirs menaient à des chambres funéraires formant le dolmen comme à La Hoguette (Calvados), Barnenez (Finistère), Bougon (Deux-Sèvres). Ces monuments mégalithiques vont évoluer au cours des siècles avec un réemploi des matériaux pour les tombes suivantes.  Gavrinis (Morbihan),  Locmariaquer (Morbihan), Penhape (Finistère) sont parmi les exemples les plus connus. Au Néolithique moyen (Chasséen), des chambres compartimentées dites "tombes à couloir atlantiques" remplaceront les premiers monuments de la période précédente puis évolueront vers les "allées couvertes" et les sépultures à entrée latérale. Dans l'Est de la France, une architecture comparable substitue le bois à la pierre Passy (Yonne), Balloy (Seine-et-Marne). La ciste (coffre funéraire) de  Détain-et-Bruant (Côte d'Or), les  dolmens du "cul blanc" à Dezize-les-Maranges (Côte d'Or), de  Ternant (Côte d'Or), de  Volnay (Côte d'Or), les   tumulus  de la forêt de Châtillon-sur-Seine (Côte d'Or) font partie de cette architecture funéraire. Le mégalithisme a servi de support à la gravure et à la sculpture, allant des plus simples représentations symboliques aux décors complexes et organisés de Gavrinis avec "l'idole en écusson" commune au Néolithique. Les  menhirs ou les stèles gravées font également partie du mégalithisme et datent du Néolithique moyen ou final.

 

Spatules anthropomorphes. Musées de Sens (Yonne)

 

Le Néolithique final (3500 - 2300 avant Jésus-Christ) sera une période de forte expansion démographique où l'unité culturelle du Campaniforme dominera. Les regroupements d'habitats sont moins étendus qu'à la période précédente mais plus nombreux. La céramique ne permet pas de cuisson directe sur le feu, alors les hommes ont recours à de grands foyers à pierres chauffantes qui sont portées au rouge et plongées dans le liquide de cuisson. La nourriture était donc vraisemblablement à base de galettes, de viandes rôties et de légumes bouillis. Les palafittes apparaissent à Charavines (Alpes), Clairvaux (Jura) sous forme de petites communautés de six à dix habitations. Les habitants de ces cités lacustres cultivent les rives des lacs et exploitent les forêts alentours. Les tombes collectives, d'abord cantonnées à l'ouest de l'Europe, vont s'étendre à l'intérieur des terres sous la forme d'hypogées, de dolmens à architectures variées, etc.

 

Les lames du Grand-Pressigny vont se répandre dans toute l'Europe comme des objets de prestige tandis que les premières techniques de la métallurgie font leur apparition et que se mettent en place de nouveaux circuits commerciaux où le cuivre, l'or, l'argent, le plomb puis l'étain prendront de plus en plus d'importance. Il s'agit de la période que l'on appelle Chalcolithique avec les sites de Remedello, Rinaldone (Italie), Terrina (Corse), enfin en France, dans les Cévennes et la Montagne Noire. Vers 2500 avant Jésus-Christ, la métallurgie s'est installée dans le sud de la France, le long du Rhône, dans le Quercy jusqu'aux Pyrénées. Les productions de haches plates, de poignards, d'alênes bipointes puis de poignards à soie et de bijoux en or s'échangent alors en France.

 

Les progrès parallèles de l'agriculture, de l'élevage, de la métallurgie alliés à une hausse de la natalité vont permettre l'émergence d'autorités communautaires qui s'attacheront à affirmer leur rang à travers le port d'objets de parure comme les pendentifs arciformes, les colliers de dentales, les perles de cuivre, etc. Ces changements sociaux importants font passer l'homme de la Préhistoire à la Protohistoire, antichambre de l'Histoire.