LES GALLO-ROMAINS

 

Arènes. Arles (Bouches-du-Rhône)

 

Cette évolution du territoire gaulois, en contact étroit avec l'ensemble du monde méditerranéen, échappe à l'image romantique du guerrier gaulois. La Gaule transalpine, d'Antibes à Toulouse et remontant jusqu'à Vienne, conquise à partir de 125 avant Jésus-Christ, ainsi que certains peuples gaulois (Eduens, Lingons et Rèmes) déjà romanisés par le commerce italien, ont servi d'appui pour annexer la Gaule intérieure de 58 à 52 avant Jésus-Christ : Aquitaine, Celtique et Belgique.

 

La conquête de la Gaule par Jules César a été à l'origine d'une redistribution des terres au profit de nobles gaulois avec lesquels il avait passé des alliances et qui reçurent la citoyenneté romaine. Rome n'a pas hérité d'un territoire sauvage mais d'un riche grenier qu'une nouvelle organisation allait mettre encore plus en valeur. Un réseau de civitates (cités) contrôlait et dynamisait l'exploitation des campagnes tandis que la présence des armées romaines sur les frontières du Nord-Est (200 à 300 000 hommes) prenait un poids économique important dans le commerce gallo-romain. Une ville importante contrôlait chaque civitas où les notables dirigeants devaient édifier des  monuments à la gloire de l'Empire, organiser l'instruction, des jeux et maintenir l'autorité. Les voies romaines, le pont du Gard, la Maison Carrée et les arènes de Nîmes, le trophée des Alpes à la Turbie, les arcs de triomphe, les  thermes, les amphithéâtres et les odéons, etc., font encore aujourd'hui partie de notre patrimoine. Des agglomérations secondaires (vici) se sont implantées le long des voies de communication terrestres et fluviales en offrant des marchés parallèles au monde rural : Rome a choisi Autun comme chef-lieu de civitates mais Mâcon et Chalon se sont aussi développées. Lyon (Lugdunum), fondée en 43 avant Jésus-Christ, a joué très tôt un rôle économique et religieux considérable. En 12 avant Jésus-Christ, le sanctuaire confédéral des Trois Gaules y a été implanté au confluent du Rhône et de la Saône, sur le site appelé "Condate".

Coupe en verre coloré. Musée de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire)

 

Actuellement, plus de quatre cents lieux de culte gallo-romains ont été repérés. Ils sont généralement édifiés près de sources, de falaises, de grottes ou d'autres lieux privilégiés qui ont souvent une origine celtique comme Mirebeau-sur-Bèze en Côte d'Or. Ces petits temples (fana) comportent au centre une cella qu'entoure une galerie de circulation couverte. Certains temples plus complexes sont de véritables sanctuaires avec bassins, thermes, théâtres, portiques, autels, comme aux Sources de la Seine ou au Tremblois à Saint-Germain-le-Rocheux, en Côte d'Or. Des vici se sont quelquefois greffés à ces sanctuaires avec un rôle administratif et commercial comme celui des Bolards près de Nuits-Saint-Georges, en Côte d'Or.

 

Gobelet en verre de Brognon. Musée archéologique de Dijon (Côte d'Or)

 

Les offrandes ou les  ex-voto qu'y déposent les fidèles apportent de nombreuses informations sur la société gallo-romaine : statuettes de bronze, de bois ou de pierre, bijoux, jeux, vaisselle, verrerie, lampes, armes, monnaies... Les divinités adorées dans ces lieux de culte sont très nombreuses et sont aussi bien issues des panthéons romain que celte (Epona, Sequana, Mercure, Apollon, Mars, Bacchus, etc.). Un autre type de culte a également été rendu en Gaule romaine : celui de Mithra, une divinité solaire d'origine perse que des soldats ou des marchands romains ont importée en Europe de l'ouest. Leurs temples ou mithraea étaient constitués d'une petite nef voûtée et comportaient des banquettes destinées aux fidèles. Une cella ou une niche recevaient l'autel, les statues et le matériel liturgique nécessaire au culte de Mithra. Les Bolards à Nuits-Saint-Georges ont révélé un de ces temples mithraïques. Ce culte disparaît à la fin du IVème ou au début du Vème siècle après Jésus-Christ.

 

Pièces en or de Seurre. Musée archéologique de Dijon (Côte d'Or)

 

Les échanges commerciaux entre l'Italie et la Gaule romaine ont pris une dimension quasi industrielle que l'archéologie sous-marine, avec la fouille d'épaves, a mis en évidence. Les cargaisons de ces navires étaient constituées principalement d'amphores contenant du vin, de l'huile mais aussi des céréales, des peaux, des lingots de métal... La production de la céramique sigillée, dont la technique empruntée aux Romains, a été améliorée par les Gallo-Romains a été la conséquence de l'importance de ces échanges. L'implantation des ateliers de fabrication céramique de Lyon et Vienne est certainement due à l'établissement de têtes de ponts commerciaux vers le Nord et l'Est de l'Europe dans ces deux villes. De même, les ateliers de la Graufesenque et de Lezoux, au Ier siècle, peuvent être mis en relation avec le développement économique de villes comme Bordeaux ou Narbonne et l'importance des troupes romaines stationnées sur le Rhin et en Bretagne.

 

Cadenas et chaîne. Musée de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire)

 

Une économie équilibrée et complexe se met en place en Gaule qui entre alors dans le système économique méditerranéen avec l'agriculture, la viticulture, l'élevage et l'artisanat. Les techniques agricoles s'améliorent avec des araires plus lourds annonçant la charrue, l'utilisation d'un type de moissonneuse adapté aux vastes surfaces que contrôlent des villa (grandes fermes). La viticulture s'implante d'abord en Narbonnaise puis se propage rapidement dans le Bordelais, en Bourgogne, dans le Val de Loire, en Rhénanie... La culture de l'olivier s'étend jusqu'à Valence et complète les importations espagnoles tandis que le noyer et le châtaignier sont multipliés par greffage et marcottage. Les viandes fumées ou salées, issues d'animaux dont le rendement boucher a été amélioré, sont largement exportées vers Rome. Les fromages, les poissons salés, les huîtres et les soupes de poissons profitent également de ces échanges avec l'Italie. Les artisanats de la laine, des métaux et de l'argile se développent également. Ainsi, Rome a su organiser les potentialités mal exploitées de la Gaule et en faire sa province préférée.