La scène du Puits. Lascaux (Dordogne)

 

Comme le contexte climatique, l'art nécessite également des informations supplémentaires afin d'appréhender ce domaine qui est l'un des plus passionnant de la Préhistoire. Le critère de l'art est celui qui permet de distinguer le Paléolithique moyen du Paléolithique supérieur, l'homo sapiens de l'homo sapiens sapiens, vers 35000 ans B.P. Deux registres permettent d'aborder l'art des hommes de la Préhistoire : l'art mobilier ou sur objets et l'art pariétal qui s'applique aux parois des grottes et des abris sous roche.

 

L'art mobilier.

 

Les objets mobiliers découverts en cours de fouilles sont rangés d'après leur support (pierre, bois, ivoire ou os) et leur genre (gravure ou sculpture). Ils peuvent être utilitaires (outils et armes), ornementaux (bijoux, parures...) ou cultuels (statuettes, plaquettes...). Le contexte archéologique dans lequel ils sont découverts a une valeur importante de datation et de corrélation avec l'art pariétal.

 

Les objets mobiliers étaient plus ou moins finement décorés selon l'usage qu'ils avaient. Certaines plaquettes gravées ont été volontairement brisées pour un autre usage. D'autres objets comme les propulseurs qui permettaient d'améliorer le lancer d'une sagaie étaient décorés avec attention. Ils ont été fabriqués en bois de rennes à partir du Magdalénien moyen et ont reçu de véritables sculptures en ronde-bosse : le cheval bondissant de Bruniquel, le Faon aux oiseaux du Mas d'Azil, le Bison retourné de la Madeleine...

 

Lions. Grotte Chauvet (Ardèche)

 

Les bâtons percés qui servaient peut-être à redresser les sagaies sont également fabriqués dans du bois de renne et aussi finement décorés. Selon la configuration du bâton, celui-ci recevait des gravures différentes : symboles masculins aux extrémités (phallus, homme...) et féminins près du trou (vulves, têtes de bisons...). On les retrouve depuis l'Aurignacien jusqu'au Magdalénien.

 

D'autres objets comme les sceptres possèdent également des sculptures de grande qualité. La grotte de la Vache dans les Pyrénées a ainsi livré un sceptre en bois de renne de 22,5 cm de long gravé d'un poisson et sculpté d'une tête d'oiseau.

 

Blasons. Grotte de Lascaux (Dordogne)

 

D'autres objets comme les spatules n'ont qu'un usage supposé. Elles sont découpées dans des os plats (omoplates) et ont une forme allongée sur laquelle est généralement gravé un poisson (Les Eyzies) ou des décors géométriques. Elles apparaissent au Solutréen et perdurent jusqu'au Magdalénien. Les baguettes demi-rondes n'ont pas d'usage connu. Leur face convexe est gravée de quadrillages, de spirales ou de têtes d'animaux stylisés.

 

Les objets de parure constituent un groupe où l'on rencontre des pendeloques durant tout le Paléolithique supérieur, des rondelles percées et des contours découpés à partir du Magdalénien moyen. Ces derniers étaient découpés dans l'os hyoïde du cheval et évoquaient naturellement sa tête. L'artiste n'avait plus qu'à ciseler l'extrémité de cet os pour réaliser une pendeloque en forme de tête de cheval.

Cheval rouge. Grotte de Lascaux (Dordogne)

 

Les objets religieux, statuettes humaines et animales, plaquettes peintes et gravées, constituent une catégorie à part. La plupart des statuettes anthropomorphes dites "Vénus" appartiennent au Gravettien et quelques-unes unes au Magdalénien. Les statuettes zoomorphes sont plus fréquentes en Europe centrale et orientale qu'en Europe occidentale. Elles permettaient peut-être de constituer des sanctuaires mobiles là où les cavités naturelles manquaient.

 

L'art pariétal.

 

L'art pariétal, avec plus de cent vingt grottes ornées, constitue certainement le témoignage le plus éloquent de la pensée préhistorique. Le Périgord, le Quercy, les Pyrénées et les Monts cantabriques forment la zone géographique la plus dense de l'art pariétal que l'on nomme art franco-cantabrique.

 

Les thèmes de l'art pariétal sont les animaux, les humains et les signes. Environ la moitié des sujets représentés dans les grottes ornées sont des animaux, mais plus que le rapport quantitatif qui résulte de l'étude des grottes, l'articulation des représentations entre elles est essentielle.

Frise des cerfs. Grotte de Lascaux (Dordogne)

 

Les animaux.

 

Le  cheval et le bison sont les plus représentés et dans ce couple, le cheval est le plus fréquent tant sur les parois des grottes que dans l'art mobilier. Les représentations sont presque exclusivement de profil.

 

Le  bouquetin se trouve fréquemment représenté dans les grottes et peu sur les objets mobiliers. Il est le plus communément retrouvé sur les parois après le cheval et le bison. Viennent ensuite les cervidés :  cerfs, biches et rennes. Le mammouth est peu représenté mais les grottes de Rouffignac ou d'Arcy en recèlent beaucoup. Les prédateurs comme  les lions, les loups, les ours, les  rhinocéros comme dans la grotte Chauvet, les  pingouins dans la grotte Cosquer, etc., sont en moindre quantité et souvent situés dans les zones les plus reculées des grottes. Les oiseaux, les poissons et les reptiles sont rares et se retrouvent surtout dans l'art mobilier.

Main négative. Grotte Chauvet (Ardèche)

 

Les humains.

 

Les représentations humaines existent dans l'art pariétal mais sont rares. Les figures féminines sont peu représentées tandis que celles masculines le sont un peu plus, surtout vers la fin du Paléolithique supérieur. Le thème de l'homme blessé devant un bison ou un ours comme à  Lascaux et au Roc-de-Sers ou transpercé par une sagaie comme à Pech-Merle et à Cougnac appartiennent certainement à une mythologie commune aux sociétés préhistoriques.

 

Les fantômes, les figures humaines composites ou les sorciers comme celui de la grotte des Trois-Frères en Ariège ou au Gabillou sont quelquefois présents dans l'art pariétal. Les  animaux fabuleux et les mains en positif ou en négatif, mutilées ou non (Gargas, Tibiran, Pech-Merle, Font-de-Gaume...) sont d'autres thèmes que l'on rencontre sur les parois des cavités.

 

Tête de la Vache Noire. Grotte de Lascaux (Dordogne)

 

Les signes.

 

Les signes sont nombreux dans les représentations pariétales des grottes et ont un rôle dans la signification de l'ensemble du décor. Ils sont rangés en trois catégories :

 

_  les points, isolés, alignés ou groupés.

 

_ Les signes minces en bâtonnets, en crochets, claviformes, en palmes... Ils seraient issus de la représentation réaliste du phallus.

 

_ Les signes pleins, à l'origine en vulves réalistes puis tectiformes,  quadrangulaires, en accolades...