Cratère de Vix. Musée du Châtillonnais (Côte d'Or)

 

 

Le Premier Age du Fer : Hallstatt.

 

Une fois encore, l'invention de la métallurgie du fer est arrivée par l'Est de l'Europe en suivant les mêmes courants que ceux de la période précédente. Découverte au XIème siècle avant Jésus Christ, il faudra attendre le VIIIème siècle pour que cette invention atteigne l'Europe occidentale. Durant les IXème et VIIIème siècles, la structuration sociale s'accentue au point que l'on parle de principautés hallstattiennnes. Ce phénomène est renforcé par l'apparition d'importations méditerranéennes dont le manifestation la plus éclatante est révélée par la tombe de Vix (Côte d'Or). Cependant, ce phénomème est largement amorcé quelques siècles auparavant. L'appauvrissement de l'approvisionnement en cuivre et en étain permet une montée progressive de l'utilisation du fer ainsi que de nouveaux systèmes d'échange et de redistribution.

 

En ce qui concerne le Ier âge du Fer (750-475 avant J.C.), auquel le site de Hallstatt (Autriche) a donné le nom, des échanges d'ordre économique sont entrepris par les Grecs et les Etrusques dès le VIIIème siècle avant J.C. dans le sud de la "Gaule". Saint-Blaise (Bouches-du-Rhône) est vraisemblablement un comptoir étrusque du VIIème siècle avant J.C. A la fin du VIIème siècle avant J.C., la présence de  matériel grec (bassins, oenochoé, etc.) et étrusque se répand au nord-est dans le monde celtique et trouve son apogée dans le dernier quart du Vème siècle. L'essentiel de ces importations concerne le vin (vases de bronze, coupes et amphores), ce qui introduit dans la société celtique la coutume du banquet. Le pouvoir qu'a procuré ce commerce s'est accompagné de fêtes prestigieuses dont le vin est devenu un des éléments indispensables. Ces nouveaux échanges Nord-Sud ont remplacé ceux traditionnellement Est-Ouest et correspondent à une restructuration territoriale et sociale basée sur une autorité princière.

Casque de bronze. Musée de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire)

 

 

Entre 550 et 475 avant Jésus Christ, ce pouvoir hiérarchisé manifestera son hégémonie à travers les "tombes à chars". Ces tumulus princiers s'étendent de la Bohème à la Bourgogne où la tombe de Vix découverte au pied du Mont Lassois donne la mesure du faste déployé pour l'ensevelissement d'une femme de haut rang. Les chars d'apparat datant de cette période montrent que l'art de la charronnerie et de la métallurgie était très spécialisé comme à Marainville-sur-Madon (Vosges). Cette aristocratie a certainement profité des difficultés d'approvisionnement en étain et en cuivre pour contrôler les nouvelles productions d'armes et de  bijoux (diadèmes, bracelets,  torques, etc.) en or, en bronze, en fer, dont la grande  épée hallstattienne est l'archétype. Très localisés à l'Age du Bronze, les objets en fer issus de cette nouvelle métallurgie remplacent simultanément ceux en bronze dans toute l'Europe centrale. Ces modifications sont accompagnées par une multiplication des sites fortifiés depuis le IXème siècle jusqu'au VIIème siècle et vont présider au renforcement de l'autorité des potentats s'installant dans des centres où ils exercent leurs pouvoirs.

 

Ces résidences princières qui n'étaient pas encore des villes contrôlaient des zones de quelques dizaines de km2 qui se sont progressivement agrandies, certainement en s'unissant. Ces centres étaient situés sur des axes commerciaux (ambre de la Baltique, étain, cuivre...) entre le Nord de l'Europe et les civilisations méditerranéennes. La position stratégique de ces sites a largement participé à l'épanouissement de la culture hallstattienne.

 

Épée en fer. Musée archéologique de Dijon Côte d'Or)

 

L'utilisation du fer réservée aux armes et aux décorations pendant la période hallstattienne se généralise aux outils dès le VIème siècle et annonce le second âge du Fer (475-Ier siècle avant J.C.). Des changements au début du Vème siècle, sans doute liée à des modifications des circuits économiques, conduit à la disparition des somptueuses tombes à chars et des principautés qui caractérisaient le premier Age du Fer. Aux environs de 450 avant Jésus Christ, les tombes des chefs celtes ne sont plus sous tumulus et renferment des chars de guerre à quatre roues puis à deux, s'ornant progressivement de riches décorations. Elles sont accompagnées d'offrandes carnées, d'objets céramiques et métalliques, de bijoux comme le torque, d'un armement composé d'un casque précieux, de lances et d'une épée rangée dans son fourreau.

 

Monnaies en or de Mirebeau-sur-Bèze. Musée archéologique de Dijon (Côte d'Or)

 

Le Deuxième Age du Fer : La Tène.

 

Du milieu du Vème siècle au IIIème siècle avant notre ère, le monde celtique plonge dans une exploitation rationnelle de son milieu naturel très riche. L'élevage, l'agriculture servit par un outillage agricole performant (charrue, moissonneuse), l'artisanat (tonnellerie, charronnerie...), l'exploitation minière (fer, charbon, sel gemme) propulsent la Gaule vers un second âge d'or (IIème-Ier siècle avant J.C.).

 

Cette seconde période de l'Age du Fer est appelée "La Tène", du nom d'un site près du lac de Neuchâtel (Suisse). Les Grecs, les Etrusques puis les Romains ont décrit les communautés celtes de La Tène, léguant ainsi des informations importantes sur cette culture. La numismatique antérieure au IIIème siècle avant J.C. a apporté des renseignements spécifiques sur les peuples gaulois qui battaient  monnaie : Parisii, Arvernes, Redons... La connaissance des zones économiques, de l'aloi, des évolutions artistiques, des mythes a ainsi été complétée. Les fouilles archéologiques de ces dernières années ont montré l'existence de temples celtiques (fana) d'avant la conquête romaine : les enclos picards datant de la période entre le IIIème siècle et le Ier siècle avant J.C. et mesurant de 30 à 50 mètres de côté. Armes de fer, ossements, crânes humains y ont été retrouvés. De vieux taureaux égorgés ou abattus d'un coup de hache sur la nuque y étaient également sacrifiés. Les animaux étaient alors placés dans le fossé entourant le temple et y pourrissaient jusqu'à ce que le crâne décharné puisse rejoindre les offrandes guerrières exposées.

 

Chaudron en bronze de Poiseul. Musée du Châtillonnais (Côte d'Or)

 

La hiérarchie sociale caractérisée non plus par la tombe mais par l'habitat s'organise sur de vastes territoires (3 ou 4 de nos départements actuels). De nouvelles importations massives de vin, l'utilisation de l'écriture en caractères grecs, des artisanats spécialisés, l'utilisation de monnaies et le renforcement des aristocraties participent à une économie stable s'organisant autour de centres proto-urbains : les oppida. La nécessité d'organiser des lieux d'échange de ces richesses a certainement conduit à l'apparition des oppida. Centre des marchés, des artisanats et des commandements, l'oppidum s'implante le long des axes principaux de communication et devient une véritable ville. Les oppida étaient situés et entourés sur des hauteurs par le célèbre mur gaulois qui délimitait des surfaces allant jusqu'à 150 hectares comme à Bibracte sur le mont Beuvray. Les territoires, les villes, les villages et les hameaux formaient ainsi le paysage gaulois que les Romains vont annexer.